Plus de 400 patients ont été victimes de sur-irradiations à l'hôpital d'Epinal
LE MONDE | 26.03.07 | 15h47 • Mis à jour le 26.03.07 | 15h47 NANCY CORRESPONDANTEUn rapport commandé par le ministre de la santé, Xavier Bertrand, à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a révélé, vendredi 23 mars, que vingt-quatre et non pas vingt-trois patients traités à l'hôpital Jean-Monnet d'Epinal pour des cancers de la prostate avaient été victimes d'une surdose de rayons de 20 %. Et que 397 autres malades avaient reçu une dose de 8 % supérieure à la normale entre 2001 et fin 2006. Au total, 421 personnes ont été victimes de sur-irradiation. “C'est comme le fil de la pelote que l'on tire”, commente Me Gérard Welzer, avocat de plusieurs patients.
Selon les conclusions de l'IRSN, 32 % des patients, soit 140 personnes, présentent des symptômes de rectite avérée (inflammation du rectum), ou de suspicion forte de rectite. Les rectites sont une complication connue d'un traitement par radiothérapie. 41 % des patients interrogés n'ont pas présenté de signes cliniques déclarés. Mais, en l'espèce, la question était de savoir si la fréquence de ces rectites et cystites “s'inscrivait ou non dans les taux courants de lésions radio-induites”. Ces patients vont être à nouveau interrogés
pour mesurer l'ampleur des conséquences de la sur-irradiation.
SEIZE PLAINTES
Devant cette avalanche de cas, et en raison de la gravité du dossier, le procureur de la République à Epinal, Bernard Marchal a demandé à la juge d'instruction Fabienne Nicolas de se dessaisir au profit du pôle de santé publique de Paris. A ce jour, seize plaintes ont été déposées. Cinq pour “homicide involontaire”, onze pour “blessures involontaires”.
Le rapport de l'IRSN fait suite à une enquête administrative de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui, le 5 mars, avait détaillé les dysfonctionnements au sein de l'hôpital : erreur de manipulation du logiciel du service de radiothérapie écrit en anglais, mauvaise formation des personnels, vétusté et organisation défaillante (Le Monde du 8 mars). La gestion de la crise elle-même avait été calamiteuse, en raison du défaut d'information.
C'est à la lecture de ce premier rapport que le ministre de la santé en a exigé un autre, dans les plus brefs délais, confié à trente experts de l'IRSN qui ont épluché 4 000 dossiers de patients traités entre 2001 et 2006. Ces experts (médecins, radiophysiciens, radiopathologistes, dosimétristes) ont constaté dans de nombreux dossiers “l'absence de comptes rendus détaillés du suivi clinique pendant et après la radiothérapie, alors que ces examens relèvent des bonnes pratiques”.
Le ministre de la santé a demandé que la dosimétrie in vivo, qui permet de vérifier la dose délivrée à chaque malade, soit mise en oeuvre d'ici à la fin de l'année. Il a également réclamé aux syndicats professionnels et aux sociétés savantes des propositions concrètes d'amélioration de la filière, avant fin avril. Un groupe de travail technique, à pied d'oeuvre depuis la mi-mars, doit rendre rapidement un référentiel d'assurance qualité en radiothérapie.
Quant aux patients victimes de sur-irradiation, ils feront l'objet d'un suivi médical individualisé et d'un bilan coordonné par le centre Alexis-Vautrin de Nancy.
Monique Raux
Article paru dans l'édition du 27.03.07